© Sang d’encre le 24 MAI 2013
Recherche   
  Accueil   Livres   Auteurs   Personnages   Reportages   Sur le web
 Sang d'encre | Interview | Brian Freeman
Interview de Brian Freeman
Avez-vous déjà eu des retours de la part de lecteurs sur cette « fin alternative » ? A votre avis, que vont en penser vos lecteurs français ?

J’espère que la fin alternative de Je t’aurai leur donnera une idée de la façon dont j’élabore l’« authenticité émotionnelle » de mes romans. Comme j’écris du suspense psychologique, le destin de chacun de mes personnages est aussi important que les détours et les rebondissements spectaculaires de l’intrigue. En comparant la « vraie » fin avec mon idée d’origine, les lecteurs comprendront comment j’essaie d’équilibrer les questions de morale et de justice. Cet aperçu du processus d’écriture sera peut-être nouveau pour beaucoup de lecteurs, et j’espère sincèrement qu’ils l’apprécieront.
Peu de gens ont encore vu la fin alternative. Pour l’instant, je l’ai mise à disposition uniquement des lecteurs italiens et français – elle n’est même pas encore disponible chez moi, aux Etats-Unis. La plupart des lecteurs comprennent bien pourquoi j’ai effectué ces changements, mais il y en a quelques-uns qui préfèrent l’ambiance particulièrement sombre et tragique de la première version du roman !


Tenez-vous compte des avis de vos lecteurs ? Est-ce que cela pourrait influer sur l’intrigue de votre prochain roman ? Par exemple, s’ils ne supportaient pas le destin d’un personnage en particulier, seriez-vous prêt à les écouter et à modifier le texte ?

J’écoute toujours mes lecteurs lorsqu’ils parlent des qualités qu’ils recherchent dans les romans policiers. Je tiens à savoir ce qu’ils aiment et ce qu’ils n’aiment pas – c’est l’une des raisons pour lesquelles je les encourage tous à m’écrire (brian@bfreemanbooks.com), et pourquoi je réponds toujours. Mais il est rare que je suive leurs suggestions concernant des scénarios ou des personnages. C’est encore pour ça que je suis payé ! Cela dit, un romancier se rend compte très tôt dans sa carrière qu’il n’a pas la propriété exclusive de ses personnages. Il ne peut pas se permettre de faire n’importe quoi avec eux. Cela remettrait en cause le contrat tacite qu’il a avec ses lecteurs, pour qui ces personnages sont très réels. C’est pourquoi je dis que jamais je ne tuerai un des personnages de ma série. Je peux leur en faire baver, mais je ne les tuerai pas !

Avez-vous pris plaisir à écrire cette fin alternative ? Est-ce que vous recommenceriez ?

Je ne le ferais que si je me retrouvais dans une situation similaire, où je considérerais qu’une fin différente conviendrait mieux à l’aboutissement émotionnel du roman. Je n’écrirais pas une fin alternative juste pour le plaisir. Ce que j’aime dans celle-ci, c’est qu’elle permet aux lecteurs de mieux me comprendre ainsi que mes personnages et mes livres.

Aux Presses de la Cité, nous avons envisagé un moment d’organiser un concours pour les lecteurs. Nous voulions leur demander d’imaginer leur propre fin alternative pour Je t’aurai. A votre avis, était-ce une bonne idée ?

Eh bien, il se trouve que j’ai fait une chose du même genre avec mes lecteurs en Espagne ! Mon éditeur espagnol avait invité les lecteurs à proposer des idées de scénario pour un nouveau Stride, dans le cadre d’un concours. Au départ, j’étais simplement censé choisir le meilleur, mais je suis allé plus loin : j’ai proposé d’écrire une nouvelle basée sur le scénario gagnant. Vous pourrez la lire en achetant l’édition Pocket de mon troisième roman, Le Prix du péché. Elle est incluse sous forme de bonus.


Puisque vos personnages sont récurrents à travers vos romans, vous devez avoir une certaine affection pour eux… Alors, pourquoi faire subir tant d’avanies à Jonathan Stride dans chaque livre ? Est-ce qu’il y a des chances qu’il aille bien, un jour ?

Ah, c’est vrai, le pauvre Stride ! Je viens juste de participer à une présentation où un lecteur m’a dit : « Pourquoi êtes-vous si méchant avec Stride ? C’est un type tellement formidable ! » C’est vrai que ça ne se passe pas toujours très bien pour lui. Il a eu des problèmes dans sa vie sentimentale, et il s’est retrouvé dans des endroits sacrément sinistres et dangereux. D’un autre côté, c’est un personnage authentique, il a des défauts comme nous tous, et je crois que c’est pour ça que les lecteurs peuvent s’identifier à lui. Je n’aime pas décrire des super-héros. J’aime les héros qui doivent affronter les mêmes épreuves que les gens ordinaires et qui conservent leur détermination malgré leurs difficultés et leurs erreurs. Le mot anglais « Stride1 » évoque bien cette impression de ténacité et de persévérance.
Est-ce que les choses iront mieux pour lui un jour ? Ma foi, je ne suis pas sûr qu’il ait jamais une vie vraiment facile. Il continuera d’avoir des hauts et des bas. Il a eu beaucoup de « bas », ces derniers temps, mais la prochaine fois que vous le verrez, il pourrait bien avoir quelques « hauts » !


Nous avons entendu dire que votre prochain roman ne portera pas sur Stride. Est-ce parce qu’il a besoin d’un peu de repos, ou envisagez-vous de lui accorder une retraite anticipée ?

C’est vrai, mes deux prochains romans sont des « hors-série » épatants. J’ai hâte que les lecteurs français les aient entre les mains. Ecrire des romans en dehors de la série me permet d’explorer des personnages et des décors entièrement nouveaux, et de concentrer l’intensité de mes livres en une seule série d’événements. En tant qu’écrivain, c’est un défi qui me plaît. Chaque nouveau roman avec Stride me fait l’effet d’un chapitre au sein d’une longue saga. Avec ces romans isolés, tout se déroule à l’intérieur d’un seul livre.
J’ai pensé que Stride avait besoin de vacances après les cinq premiers romans. Il les a bien méritées ! Mais ne vous inquiétez pas, il reviendra. Il figurera dans une nouvelle originale qui accompagnera mon prochain livre à paraître en France, et je suis en train de relire en ce moment même le manuscrit du nouveau roman de la série.


Vos romans ne se déroulent pas dans une grande ville, mais principalement à la campagne. Vous habitez dans le Minnesota. Votre environnement a-t-il une influence sur votre écriture ? Et, surtout, est-ce qu’il influe sur la psychologie de vos personnages ?

Il y a beaucoup d’écrivains qui sont excellents dans des environnements urbains, mais moi, les thèmes de la ville ne m’intéressent pas. Je leur préfère les cadres ruraux, leur éloignement, leur isolement, la beauté austère et intimidante du Midwest avec son climat extrême. C’est là que j’ai vécu toute ma vie, et c’est un environnement qui me parle. Ce sentiment imprègne profondément mes romans et mes personnages. Duluth est un lieu de « gloire fanée », une ville où l’on perçoit encore les échos d’un passé magnifique, mais où le présent est fait de durs combats. Cette culture reflète les tragédies émotionnelles de mes romans.
J’aime que mes livres donnent au lecteur l’impression d’y être vraiment. Je veux qu’il se trouve en quelque sorte projeté au milieu de chaque scène d’action, qu’il puisse toucher, goûter, sentir, entendre et voir ce qui se passe autour de lui. Pour réussir à communiquer cette sensation, je fais un repérage des lieux exactement comme un réalisateur de films, en prenant des notes. C’est ce qui m’aide à donner corps à tout ça.


Quelle est votre source d’inspiration ? D’autres auteurs de romans policiers ?

Plutôt que des écrivains traditionnels, j’ai été inspiré de bien des façons par quelques grands auteurs dramatiques du passé – tels que James Mitchener, Leon Uris et James Clavell. Il y a de la passion dans leurs personnages, une intensité dans leurs relations, et un sentiment d’appartenance à un lieu particulier. J’ai essayé d’introduire ce même esprit dans le genre policier.

En France, vous êtes publié dans une collection appelée « Sang d’encre », que les libraires apprécient beaucoup. Parmi les auteurs qui y figurent, on trouve Elizabeth George, John Connolly, Martha Grimes… Connaissez-vous leurs œuvres ? L’un d’eux fait peut-être partie de vos amis sur Facebook ?

Quel formidable groupe d’écrivains ! C’est vraiment un honneur pour moi d’appartenir à la famille de Sang d’encre. J’ai lu un bon nombre d’entre eux, naturellement, et la communauté des écrivains est un monde relativement petit, ce qui fait que nous avons beaucoup de liens en commun. J’étais assis à côté de Tess Gerritsen lors d’une table ronde d’écrivains il y a quelques années, et, une fois, nous avons partagé l’honneur de la sélection du Livre du mois. Greg Iles est l’un de mes auteurs préférés. Roslund & Hellström sont également publiés par mon éditeur américain, et mon style « série noire du Minnesota » est souvent comparé à la « série noire scandinave » qu’ils écrivent. J’ai eu aussi la chance d’être sélectionné avec Mo Hayder (un autre écrivain de Sang d’encre) pour le prix du Meilleur Roman de l’International Thriller Writer Awards, pour Je t’aurai.

Vos romans sont très visuels. Y a-t-il en ce moment un projet d’adaptation cinématographique ? Aimeriez-vous voir Jonathan et Serena sur grand écran ? A votre avis, quels acteurs pourraient tenir ces rôles ?

Je serais absolument ravi de voir Stride et Serena à l’écran ! Nous sommes toujours en discussion avec des producteurs, même si je pense que tous ces gens habitués au soleil de Hollywood sont un peu inquiets à l’idée de filmer dans la neige et le froid du Minnesota ! Franchement, j’aimerais bien que des cinéastes français prennent l’un de mes romans. On les compare souvent à ceux de Harlan Coben, et l’adaptation française de Ne le dis à personne a reçu un accueil fantastique à travers le monde. Alors… l’un d’entre vous connaît-il Guillaume Canet ? Vous voulez bien lui envoyer un de mes livres ? Je le vois tout à fait en Stride…

1 To stride signifie « marcher à grands pas, sans hésiter ». (N.d.T.)