© Sang d’encre le 18 JUIN 2013
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Le duo d’écrivains suédois Anders Roslund et Börge Hellström nous raconte la genèse de son nouveau roman, Box 21.
Comment s’est organisé votre travail de recherche sur ce nouveau roman ?
Roslund – Avant que nous écrivions La Bête, notre premier roman, j’ai enquêté sur le crime sexuel dans le cadre de mon travail de journaliste. J’ai étudié ses origines et ses motivations, ainsi que les réactions de la police et de la justice. Pour Box 21, le processus a été le même : j’ai passé beaucoup de temps en compagnie de prostituées que j’avais connues, quelques années auparavant, lors de la réalisation d’une série de documentaires.
Hellström – Il y a bien longtemps, dans une autre vie, je fréquentais les professionnels du sexe. J’ai notamment travaillé dans un « sex-club », connu pour son commerce de filles. J’ai été l’ami et le confident de ces femmes, celui qui était là pour elles, toujours prêt à les écouter. J’essayais alors d’échapper à mon passé, en même temps qu’à moi-même. Je comprenais leurs attentes et leurs humiliations sans les juger. Plus tard, lorsque j’ai travaillé avec de jeunes criminels dans le cadre de l’association KRIS qui aide à la réinsertion des détenus, j’ai aussi connu des hommes et des femmes qui vendaient leur corps.
Roslund – Pendant la préparation de Box 21, puis pendant l’écriture du roman, nous avons rencontré plusieurs « esclaves sexuelles » en Suède et en Lituanie. Nous avons également suivi l’Unité d’opérations spéciales, fondée par la police nationale suédoise dans le but de démanteler les réseaux de commerce sexuel. Nous avons eu accès à de nombreux documents : des comptes rendus d’interrogatoires et d’audiences, et des enregistrements d’écoutes téléphoniques, recueillis lors d’enquêtes sur des proxénètes et des maisons closes.
Hellström - Nous avons vu la réalité en face et compris que cela pouvait être encore plus atroce que ce que notre livre décrit.

Quelle est l’ampleur de ce trafic humain ?
Roslund – Toute l’Europe est touchée par le trafic et le commerce d’êtres humains. D’après les statistiques officielles de l’Union européenne, le nombre de jeunes femmes achetées en Europe de l’Est et vendues à l’Ouest s’élève à  500 000 par an environ. La Suède, où se déroule le drame de Box 21, est l’un des pays qui favorisent le marché des filles originaires des pays Baltes.
Hellström - En écoutant les enregistrements de la police, nous avons entendu ce que les proxénètes pouvaient dire à un client potentiel : « J’ai de l’agneau frais pour toi »,  annoncent-ils aux hommes suédois potentiellement prêts à payer pour cette « marchandise ». Mot pour mot. C’est aussi simple que ça : « J’ai de l’agneau frais pour toi », et le message passe. Les hommes suédois, et ceux du reste de l’Europe, sont à la recherche de filles de plus en plus jeunes. L’âge moyen des prostituées a considérablement chuté depuis que les pays Baltes sont entrés dans l’Union européenne. Désormais, il est plus difficile de les refuser à la frontière et, la demande étant ce qu’elle est, elles sont pour les proxénètes un bon investissement dans un marché en pleine expansion.

Qu’est-ce qui vous a poussés à écrire Box 21 ?
Hellström – Les raisons qui ont motivé l’écriture de Box 21 sont les mêmes que celles qui nous ont conduits à notre premier roman, La Bête : tout en utilisant la recette du roman policier et du thriller, nous avons mené une véritable enquête afin d’évoquer un problème social qui selon nous nécessite toute notre attention. Nous voulons montrer la réalité telle qu’elle est, une réalité ordinaire que le lecteur est pourtant incapable d’imaginer chez son voisin de palier.